Valeur et coût du gain

  

Quand on y pense bien, l’engraissement de bouvillons n’est pas une « production », mais bien une « transformation » animale. Peu importe le produit fini, trois étapes caractérisent le fonctionnement de ce type d’activité : l’achat des matières premières, la transformation proprement dite et la vente.

Dans le cas qui nous concerne, en plus d’opérer dans un secteur de commodi­tés à forte concurrence internationale, l’une des deux matières premières prin­cipales nécessaires, les veaux, est limitée; l’espérance de profit devient alors une constante, peu importe le prix de vente visé. Comme on dit : « Si un jour, je réa­lise un profit de 100 $, c’est certain que j’aimerais en faire un de 200 $ demain. Le problème, c’est que mon voisin pense exactement de la même façon que moi ! »

Comment s’en sortir ?

Ce qu’on appelle avantage(s) concur­rentiel(s) est en fait la capacité d’une entreprise de tirer un meillleur profit d’une même situation. Ce faisant, elle peut soit empocher le profit ou encore le réinvestir de manière à mettre encore plus de pression dans le jeu. Pour une entreprise de transformation, ça veut dire :

• mieux acheter;

• mieux transformer;

• mieux vendre.

Traditionnellement, les propriétaires de parcs d’engraissement mettaient plus d’accent à mieux acheter et mieux vendre. Considérant l’impact qu’une faible variation de prix d’achat ou de vente a sur le profit potentiel, il s’agissait d’une bonne stratégie. Toutefois, quand les marchés s’échauffent et deviennent volatils, il vaut mieux rediriger une partie des efforts vers le « mieux transformer ». Même si l’impact monétaire semble moins grand, son aspect plus contrôlable en fait une option très attrayante.

    

Mieux transformer

Le coût d’acquisition actuel des veaux rend intéressante l’idée d’ajouter plus de poids carcasse à chacun des bouvillons. Le tableau 1 montre bien l’effet positif de cette stratégie qui, cependant, peut cacher plusieurs pièges dont : pénalités pour excès de poids ou excès de gras sur certains animaux, performances amoin­dries et « grimpages » plus fréquents en fin d’élevage, etc.

En d’autres mots, la valeur du gain est présentement à un niveau inégalé. Cependant, ça ne signifie pas qu’il faille aller chercher ce gain à n’importe quel prix. Il y a toujours moyen de faire mieux avec moins.

 Certaines technologies doivent être « redécouvertes » en fonction des poids d’entrée et de sortie. Par exemple, on sait que pour tirer le maximum d’une stratégie d’implantation, il faut que la libération de l’ingrédient actif se fasse jusqu’à l’abattage. Dans certains cas, un protocole à succès avec des animaux légers pourrait s’avérer beaucoup moins performant avec des animaux abattus à un poids supérieur. Il pourrait même s’avérer utile de retarder la pose du premier implant (tableau 2).

       

      

Dans le même ordre d’idée, en fin de croissance, une bonne partie du gain se fait sous forme de graisses. D’un côté, le persillage s’améliore; c’est un bon point. De l’autre, il y a risque de déposition excessive de gras externe qui, malgré qu’il fasse quand même partie de la car­casse, peut résulter en pénalités. S’ajoute à ce phénomène l’accumulation des graisses viscérales (steam fat) qui, elles, ne font pas partie de la carcasse. L’aspect le plus insidieux est cependant la quan­tité d’énergie nécessaire pour accumuler une livre de graisse comparativement à une livre de muscle.

Notre logiciel d’alimentation Synchrowin nous permet de visualiser le phénomène. Ainsi, quand on compare le GMQ et le coût du gain pour faire passer un bou­villon de 650 à 700 kg (état de chair 5 sur une échelle de 1 à 9) comparative­ment à 700 à 750 kg (état de chair 7), on constate une baisse de 14 % du GMQ et une augmentation de 17 % du coût du gain (graphique 1). En tenant compte des frais de garde, il en coûte donc 15 $ de plus par bouvillon pour un même 110 lb de gain vif. La profitabilité supplémen­taire illustrée au tableau 1 se trouve donc amputée de près de 50 %.

L’utilisation de ractopamine (Optaflexx®) au cours du dernier mois d’élevage per­met toutefois de renverser cette réalité. Cette molécule agit positivement sur la déposition de fibres musculaires. Si on considère que le muscle contient plus de 70 % d’eau, le résultat est donc une aug­mentation notable du poids carcasse, pouvant atteindre 18 lb chez les mâles (graphique 2). En déduisant le coût du produit, le profit espéré par l’utilisation de cette technologie se situe actuelle­ment à environ 30 $/animal.

     

  

  

  

  

   

   

   

   

   

   

     

   

Les 3 panses

Au-delà de ce qui précède, on oublie sou­vent que l’alimentation est le 2e poste de dépense dans le coût de production d’un bouvillon et qu’une réduction de 5 % cor­respond à une économie de 20 à 25 $ par animal livré. Et surtout que, bien que le prix payé pour chacun des ingrédients soit important dans l’équation, la plus grosse différence proviendra de :

• la ration qu’on « panse » (les pro­portions relatives de chacun des ingrédients dans la ration);

• la ration qu’on « panse servir » (le respect des recettes);

• la ration dans la panse (la consom­mation réelle des animaux et la diminution du gaspillage).

Vos experts-conseils La Coop sont parfaitement qualifiés pour vous aider à mieux transformer; n’hésitez pas à leur en parler.