Engraissement : Opération « maximisation »

            

Bruno Langlois, agr., La Coop fédérée

Jusqu’en 2009, l’engraisseur qui réussissait le mieux était souvent celui qui savait le mieux acheter et vendre ses animaux. Un mélange de flair, de chance… et de volume.

Parce que la marge brute relative a fortement diminué, que les coûts d’alimen­tation et de gardiennage sont élevés, cette stratégie ne suffit plus en 2013.

Malgré une forte augmentation de l’in­vestissement requis pour engraisser un veau, la marge brute relative est passée de 77 % en 1996 à moins de 40 % en 2012. Le risque et le coût du financement à court terme sont donc de plus en plus élevés, alors que le profit escompté demeure sensiblement le même.

L’explication vient surtout de la dimi­nution du cheptel bovin qui met énor­mément de pression sur le prix des veaux. Cette diminution pourrait même s’accentuer puisque des producteurs vaches-veaux ont, dans plusieurs régions, commencé à garder des veaux femelles pour la reproduction.

Imaginons un instant un lot chanceux : les veaux (750 lb vifs) ont été payés 0,03 $ / lb de moins que la moyenne et ven­dus à 0,05 $ / lb carcasse de plus (860 lb carcasse). La marge brute supplémen­taire serait donc de 65 $ par bouvillon. Pas si pire, sauf qu’on doit avouer que ça ne peut se répéter pour tous les lots.

Graphique 1

                

             

Alimentation et gardiennage

Dans le dernier numéro du Focus Opti Boeuf (hiver 2013), nous avons fait la démonstration qu’une diminution de seulement 12 % des besoins d’entretien (respirer, manger, se déplacer, se réchauf­fer, etc.) permettait d’améliorer la marge bénéficiaire nette d’environ 80 $ par bou­villon produit, soit autant sinon plus, que la stratégie achat-vente. La raison? Une diminution des besoins d’entretien permet une utilisation plus efficace de la ration et diminue aussi les frais de gardiennage. Et dans ce cas-ci, l’exploit peut se répéter pour chacun des lots.

Existe-t-il d’autres trésors cachés du même genre?

Éviter le gaspillage

Pourtant une évidence, on en voit encore beaucoup trop, et trop souvent. Le tableau 1 en fournit une liste non exhaus­tive, ainsi qu’une évaluation de l’impact sur la marge par bouvillon. Les variations s’expliquent par les variations habituelles de taux d’utilisation dans les rations.

En règle générale, les pertes dues à la fermentation et à la conservation des aliments sont très sous-estimées. Les rai­sons en sont multiples, mais deux valent la peine d’être mentionnées.

Premièrement, il y a les signes apparents qui sont souvent trompeurs. En effet, quand on voit une belle couche foncée de 5 à 10 cm juste sous la toile, on a ten­dance à dire : « C’est bien peu pour un tas de 12 pieds de hauteur ». Vrai et faux! Ce qu’on voit en réalité, ce sont la plupart du temps les cendres provenant de la com­bustion de la couche supérieure du silo; le reste s’est envolé sous forme de CO2 et d’eau. Il y avait peut-être plus de 30 cm au moment de la mise en silo, mais comme cet ensilage a été moins compacté et qu’il y a eu un délai avant de couvrir, la com­bustion aérobie a fait son oeuvre. Un peu comme dans un poêle à bois : le volume de cendres est beaucoup plus petit que le volume de bois qui a été utilisé.

Deuxièmement, l’absence de concilia­tion entre les volumes réels entreposés et réutilisés par la suite. En d’autres mots, peu d’opérateurs de parcs véri­fient combien de tonnes de tel ou tel ensilage ont été vraiment utilisées avant que le silo ne soit vide, et encore moins comparent cette donnée avec le volume initialement entreposé. Comme les chif­fres ne sont pas là, le taux réel de récu­pération demeure une inconnue. Disons qu’à 94 % (94 tonnes disponibles pour 100 tonnes récoltées), celui-ci est excel­lent, mais qu’il s’agit d’un phénomène assez rare. Il se situe plus fréquemment entre 85 et 90 %. Dans certains cas, il descend sous la barre des 80 % ou, exprimé autrement, peut correspondre à une perte de 400 tonnes pour un silo de 2 000 tonnes.

Outre l’exécution du chantier au champ, les meilleurs moyens pour améliorer le taux de récupération sont l’inoculation avec des bactéries homolactiques, une compaction suffisante de la masse, l’uti­lisation de Solution Foin sur le dessus du silo ou les parties moins bien compac­tées, une couverture rapide et une épais­seur de reprise quotidienne suffisante.

Vos experts-conseils La Coop ont participé à des formations de haut niveau sur ce su­jet. Grâce à des tests de compaction et aux profils de fermentation, ils peuvent vous conseiller très adéquatement sur le sujet.

Le secret le mieux gardé

Dans un tout autre ordre d’idée, la gestion du moment de l’expédition à l’abattoir influence aussi beaucoup la marge réelle réalisée. Pas seulement en fonction du prix à recevoir qui demeu­re, sauf pour les livraisons sur contrat, un réel pari : montera ou descendra la semaine prochaine? Mais aussi en fonc­tion du coût du gain en fin d’élevage selon le type et le poids des animaux, leur degré de finition et la saison. En fait, pendant cette période, l’efficacité alimentaire du bouvillon est fortement réduite ce qui se traduit par une diminution rapide et fortement significative de la marge béné­ficiaire par unité de gain.

Des simulations peuvent être faites avec le logiciel SynchroWin en utilisant vos pro­pres coûts de rations, frais de gardiennage et de financement. Les résultats sont quel­ques fois surprenants. N’hésitez pas à en demander une à votre expert-conseil. Di­sons seulement que l’impact sur la marge nette peut atteindre assez facilement 25 $ / tête pour certains lots d’animaux.

Si on résume bien, un parc d’engraisse­ment dont les opérations sont efficaces peut obtenir une marge bénéficiaire par bouvillon de 150 $ supérieure à celle d’un parc moins efficace. Exprimé autrement, c’est comme si on venait de diminuer le coût du gain de plus de 0,20 $ la livre! Un avantage plus que concurrentiel.

Référence : Focus Opti Boeuf, été 2013, page 18.