Le sevrage, une étape charnière

     

Jacinthe Trépanier, stagiaire d’été, La Coop Val-Nord

Le sevrage est un événement important dans la vie d’un veau. Les changements physiques, alimentaires et sociaux constituent un stress qui vient chambouler le rythme journalier du veau pendant quelques semaines. La séparation de sa mère entraîne une hausse plus ou moins grande du niveau de cortisol sanguin chez le veau. Plus le stress ressenti est élevé et plus il passe de temps à s’agiter, beugler et marcher au lieu de rester couché ou de manger. Une dépense d’énergie inutile qui affecte négativement le gain de poids ainsi que le fonctionnement normal du système immunitaire, ce qui peut favoriser l’apparition des maladies comme la coccidiose et la pneumonie. Ces facteurs peuvent aussi avoir des conséquences à long terme sur la santé générale du veau ainsi que sur ses performances en engraissement et sur la qualité de carcasse.
Par opposition, un sevrage en douceur diminue le stress et peut aider à améliorer les performances, dont la conversion alimentaire. En effet, en plus de limiter le stress, il favorise le lien veau-éleveur. Une étude a ainsi démontré que la période post-sevrage est celle où le veau est le plus apte à apprendre : c’est pendant cette période que l’éleveur doit lui enseigner à faire confiance à l’humain, ce qui le prépare parfaitement bien à sa future arrivée au parc d’engraissement (Boivin, 2012).

Comment sevrer?

Une préparation adéquate est essentielle au bon déroulement de l’événement. Pour diminuer l’intensité du stress, il est recommandé de castrer, écorner et vacciner les veaux un mois avant la date cruciale. De plus, ceux-ci doivent être habitués à leur diète postsevrage. L’idéal est donc de donner en bonne quantité des aliments de qualité, savoureux, riches en protéines et éléments essentiels, et ce de 2 à 3 semaines avant le sevrage. Un bon foin accompagné de DéroBoeuf, Opti Boeuf PSP PC ou PSP 028 feront parfaitement l’affaire. L’aménagement d’un espace accessible uniquement par les veaux constitue un bon moyen de leur apprendre à manger leurs nouveaux aliments de façon autonome et à bien préparer le rumen au changement qui arrive. Évidemment, les veaux doivent constamment avoir un accès réel à une source d’eau : hauteur, disposition, propreté, débit. 

Deux méthodes de sevrage en douceur sont souvent recommandées : le sevrage à la clôture (fenceline weaning) et les caveçons. Bien souvent, il ne s’agit que de quelques changements dans la technique de sevrage existante pour obtenir des résultats concluants. Richard Rouillard, producteur vachesveaux d’Amos, en Abitibi, a d’ailleurs découvert le sevrage à la clôture un peu par hasard. Il avait toujours procédé à une séparation radicale : le jour du sevrage, les mères étaient séparées des veaux et amenées ailleurs, hors de portée de vue des veaux, tout simplement. Chaque fois, c’était l’enfer; beuglements incessants, vaches essayant par tous les moyens de briser la clôture pour retrouver leurs veaux… Un bon soir, M. Rouillard a profité du fait que le troupeau se trouvait près d’un bout de clôture non utilisé. Tout en laissant les vaches où elles étaient, il a simplement placé les veaux de l’autre côté de la clôture. « Ça a tout changé! Vaches et veaux s’appellent un peu, les mères viennent voir leur veau de temps en temps, puis retournent manger… la transition est beaucoup moins sévère! » Depuis, ce producteur utilise cette technique. « Je laisse une ou deux vaches adultes taries avec les veaux. La présence d’une meneuse les calme et les met en confiance» rajoute M. Rouillard.

Les caveçons

La seconde méthode consiste à utiliser des caveçons. Ces petites palettes en plastique réutilisables s’installent sur le museau du veau selon le même principe qu’une attache à pain et peuvent être placées en même temps que la vaccination. Le caveçon empêche le veau de téter, mais celui-ci demeure près de sa mère. Lors de la séparation définitive, de 5 à 7 jours plus tard, on enlève le caveçon. Le nombre de beuglements est réduit d’environ 95 % selon des études réalisées par des chercheurs français et canadiens. Marco Lévesque, éleveur de La Reine, en Abitibi, a utilisé le caveçon pendant deux ans d’affilée. Sur vingt bêtes, seulement une a perdu sa « moustache », alors qu’une autre, en se tordant habilement le cou, a trouvé moyen de téter malgré la gêne du caveçon. « Sinon, je n’ai jamais eu d’autres problèmes! » signale M. Lévesque. « Je n’ai pas arrêté d’utiliser le caveçon parce que c’était inefficace; j’ai tout simplement changé certaines infrastructures et c’est maintenant plus facile d’y aller avec une clôture entre les mères et les veaux. Mais je crois que côté réduction de stress, l’usage de caveçon reste la meilleure option! » affirme-t-il. Ses nouvelles installations sont également très efficaces pour le sevrage. M. Lévesque a même « patenté » lui même une mangeoire assez spéciale pour permettre aux veaux de s’habituer à manger de la moulée avant d’être séparés de leur mère. Il s’agit simplement d’une auge découpée dans un vieux tuyau de mine, équipée d’un toit pour qu’il ne pleuve pas sur la moulée, et dont des bras dépliables sur les côtés permettent l’installation d’une broche électrique à hauteur ajustable. Ainsi, les veaux peuvent passer en dessous, et ce environ une trentaine à la fois. De plus, la mangeoire est équipée de roues qui permettent son déplacement au pâturage.  Les veaux sont donc habitués à manger de tout avant le sevrage! » explique M. Lévesque.

L’éleveur vaccine, puis castre et écorne ses veaux au moins trois semaines avant la séparation. « J’essaye le plus possible de minimiser le stress! » Cependant, l’usage du caveçon ne semble pas être l’idéal pour tout le monde. Vincent Boisvert, propriétaire d’une ferme vache-veau à Trécesson en Abitibi, a déjà essayé la méthode. « C’était beaucoup trop de manipulations additionnelles », affirme-t-il. « Ils les perdaient, c’était beaucoup de travail. » En effet, on rapporte des pertes pouvant atteindre 10 % des caveçons posés : une période de plus de 7 jours, des balles rondes à filets et les mangeoires favorisent les pertes de caveçons. À la place, M. Boisvert sépare simplement les veaux des mères de façon à ce qu’ils se sentent et s’entendent, et ce tout au long de la semi-finition. « Avant, je les vendais tout de suite. Quand je suis allé les voir dans le parc d’engraissement où ils avaient été vendus, j’ai constaté qu’ils n’étaient pas dans une forme optimale à leur arrivée là-bas. Depuis ce tempslà, j’y vais plus progressivement, et mes veaux partent d’ici moins stressés et font un excellent gain », affirme le producteur. 

Objectif : stress minimum

Quelle que soit la méthode utilisée, on veut limiter le stress subi par les veaux. L’idéal, lors de la séparation, est de laisser les veaux au même endroit et de déménager les mères. Si les veaux sont transférés dans une étable, il est important que celle-ci leur offre une intensité lumineuse naturelle et une bonne ventilation pour éviter le développement et la propagation des maladies. Finalement, il faut compter une mangeoire offrant entre 1 et 1,5 pied linéaire d’espace par veau. Tous ces détails peuvent exercer un grand effet sur les performances du veau. Un stress réduit au sevrage permet au veau de conserver un meilleur comportement et de développer une bonne relation avec les humains. Ceci influence même la tendreté de la viande à l’abattage. La production de boeuf d’engraissement est une grande chaîne; chaque producteur a le pouvoir d’y mettre du sien pour assurer un produit de qualité dont il est fier, et ce de l’étable jusqu’à l’assiette. La qualité du sevrage fait partie de l’équation!

Référence : Focus Opti Boeuf, automne 2012, page 4.