Les vaches, les veaux…et l’hiver

      

Dans les années 1980, un de mes anciens collègues du Bas-Saint-Laurent répétait souvent : « Il faut revenir  au basic Bruno, tout simple-ment au basic ! » C’est vrai que dans bien des domaines, on a souvent tendance à oublier certains principes de base. Et l’alimentation hiver-nale des troupeaux vaches-veaux n’y échappe pas.  Pourtant…

Des besoins qui augmentent

À peu près tout le monde sait que les besoins nutritionnels des bovins aug­mentent lorsqu’ils sont exposés à des conditions hivernales. Toutefois, le fait que les vaches et les veaux semblent ne pas trop souffrir de l’hiver cache une dure réalité : le besoin en énergie d’en­tretien grimpe de 34 % pour une vache tarie entre 10 °C et -10 °C (graphique 1). Pour parvenir à combler ce besoin, la vache doit consommer entre 12 et 15 % plus de fourrages. C’est donc dire qu’elle passera 12 à 15 % plus de temps debout à la mangeoire. Tout un défi ! Mais une vache, c’est une vache : c’est fait fort.

Pour un veau, c’est une tout autre his­toire. En fait, la capacité d’ingestion du veau étant assez limitée, sa consomma­tion n’augmentera que d’un maigre 11 % pour combler un besoin d’entretien 60 % plus élevé (tableau 1).

Les conséquences

Les conséquences sont particulière­ment insidieuses (un beau mot pour dire « traître ») si la hausse de consommation ne suffit pas à combler l’augmentation des besoins d’énergie d’entretien. Pour les vaches qui vêlent pendant cette période, le poids des veaux pourrait être affecté et la production de colostrum plus faible. Quel serait alors le taux de survie ?

Même pour les vaches vêlant en avril et mai, il y aura des effets. Si les vaches ont dû puiser dans leurs réserves, l’intervalle moyen vêlage-saillie fécondante pour­rait s’allonger. C’est ce qu’a démontré un groupe de chercheurs il y a plus de 30 ans (Wiltbank, 1983). Dans le graphique 2, on constate ainsi que près de 85 % des vaches en bon état de chair (cote 5-6 sur une échelle de 9) ont recommencé à cycler 60 jours après le vêlage. Par contre, il faudra patienter pendant 30 jours pour atteindre les mêmes taux pour des vaches un peu plus maigres (cote 4), alors que plus de 20 % des vaches vraiment amaigries (cote 1 à 3) n’auront pas encore manifesté une seule chaleur, même quatre mois après le vêlage. Faut-il en rajouter quand on sait que le bilan « reproduction » est un levier économique de 2 à 5 fois plus grand que le taux de gain des veaux ?

   

Parlant de gain moyen quotidien (GMQ), il est le premier à écoper chez les veaux en semi-finition. Pour des veaux expo­sés à un vent léger (10 km/h), le GMQ diminue de 24 % en fonction de la tem­pérature (10 °C vs -10 °C).

En pratique…

Dans les faits, sans vouloir être alarmiste, la situation réelle est souvent pire. Pour une simple et bonne raison. C’est que les chiffres présentés dans les simulations précédentes sont des moyennes qui ne tiennent pas compte des variations de température et des difficultés pour s’ali­menter ! Par exemple, quelques journées consécutives à -15 °C avec un vent de 15 km/h suivies de redoux (pluie), des balles un peu trop humides qui gèlent au fur et à mesure une fois dans les man­geoires, la congestion à la mangeoire par temps froid, etc. Dans la réalité, plus les conditions sont difficiles et plus on verra de différences entre les animaux domi­nants et les animaux dominés.

Amoindrir les effets de l’hiver

Bien entendu, le producteur peut aider ses animaux à faire face à l’hiver. Les deux premières mesures préventives sont de les protéger efficacement contre le vent, peu importe la direction de celui-ci, et de leur fournir une source d’eau à proximité. Bien que dans des cas précis, certains animaux peuvent étancher leur soif avec la neige, il s’agit d’un processus énergivore dont le bilan est loin d’être avantageux. Même chose si, pour aller à l’abreuvoir, ils doivent s’exposer au vent : le résultat est une augmentation des besoins en énergie d’entretien.

Comme troisième point, c’est de per­mettre à tous les animaux de consommer leur ration en même temps; c’est-à-dire faire disparaître l’aspect compétition lors des repas. S’assurer que ce qui entre dans la « panse » correspond aux besoins que l’on « pense » constitue la quatrième mesure préventive. Il faut donc des ana­lyses de fourrages et un programme alimentaire. Les ajustements à faire sont la plupart du temps simples et peu coûteux.

Finalement, on ne peut passer sous silence l’alimentation minérale et vita­minique. Les conditions climatiques difficiles mettent à l’épreuve plusieurs systèmes de « survie » des vaches, tau­reaux et veaux. Au même moment, ceux-ci ne peuvent compter pour leur alimentation quotidienne que sur des fourrages récoltés mécaniquement. En plus du contenu en vitamines qui diminue tout au long de l’entreposage, plusieurs de ces fourrages proviennent de champs qui reçoivent souvent peu de fumiers, une excellente source d’élé­ments mineurs. Il faut donc s’assurer de fournir quotidiennement une source de magnésium, zinc, cuivre, manga­nèse, vitamine A et vitamine E, sans oublier le sélénium. En règle générale, la consommation de minéral Vaches- Veaux, Pro-Bloc Boeuf ou TransiBoeuf devrait se situer à 100g/jour/1200 lb de poids vif. Dans certaines situations, votre expert-conseil La Coop pourra aussi vous recommander l’utilisation d’un minéral La Coop VIP

Comme mot de la fin, on sait que les efforts investis à diminuer les besoins d’énergie d’entretien et à les combler parfaitement ont un impact majeur en ce qui touche les résultats technico-économiques d’un troupeau vaches-veaux. Le « basic » de l’alimentation se résume donc à être conscient que les améliorations ne sont possibles que si l’on connaît d’où on part et où on doit aller. C’est ici qu’entre en jeu votre expert-conseil La Coop dont la spécialité est justement l’alimentation des bovins.