L’art de la conservation des aliments

  

Une proportion importante de l’alimentation quotidienne de nos animaux provient d’aliments entreposés. Malheureusement, les pertes à l’entreposage sont souvent plus importantes que les pertes de rendement et de qualité occasionnées au champ lors de la récolte. On vise un taux de récupération des aliments de 94 %. Dans bien des cas, la réalité s’approche plutôt de 85 % !

Ensilage = mode de conservation

Un fourrage sec avec une teneur en eau (TEE) inférieure à 15 % permet une conservation stable, sans activité microbiologique en milieu aérobie (Couture et coll., 2002; Symposium sur les bovins laitiers, 2012). Quand la TEE du fourrage est supérieure au seuil critique, c’est à ce moment qu’on parle d’ensilage. Quelques règles de base s’appliquent. L’ensilage est une méthode de conservation qui repose sur l’acidification du milieu. Le processus de fermentation doit abaisser rapidement et suffisamment le pH de la masse fourragère. La réussite n’est possible que par l’addition de trois préalables : présence de sucres fermentescibles et de bactéries anaérobies désirables et absence d’oxygène. 

Les sucres fermentescibles

Un maximum de sucres dans les plantes récoltées est recherché pour réussir le processus de fermentation. Ces sucres seront transformés en acide par les bactéries. Plus la plante est jeune, plus il y en a; même chose pour l’intervalle entre la fauche et la mise en silo qui doit être le plus court possible. Pour un ensilage de maïs, l’utilisation de rouleaux craqueurs expose davantage les sucres et l’amidon à une population de bactéries; c’est particulièrement vrai lors de la récolte de champs qui ont gelé depuis plus de 10 jours.

Les bactéries

On les recherche en grand nombre. Sont-elles toutes les bienvenues ? Non ! On privilégie la croissance des bactéries lactiques au détriment des autres micro-organismes indésirables (butyriques). La terre et les résidus organiques provenant des fumiers ou des lisiers sont une source de spores butyriques qui nuisent fortement à la conservation des ensilages. Ils sont souvent apportés par les roues des tracteurs et des remorques qui circulent dans le silo. On peut augmenter la quantité de bactéries lactiques par l’ajout d’inoculant. Pour un ensilage de graminées et de légumineuses, on utilise du Coop-Sile II. Pour un ensilage de maïs, c’est plutôt EnersileB (Buchneri) ou Enersile 5.

En apparence très bien conservé (photo ci-contre), on
note grâce à l’utilisation d’une caméra thermique des
points chauds (parties jaunes) à certains endroits.
Une élévation de température de plus de 10 °C par rapport au reste de la masse est synonyme de perte de matière sèche et de dégradation de l’aliment.

    

      

    

Absence d’oxygène

La fermentation désirée ne se réalise qu’en absence d’oxygène. Selon la grosseur de l’entreprise, les silos-couloirs (bunkers) et les meules présentent de nombreux avantages comparativement aux silos-tours, mais aussi de nombreux défis : obtenir une compaction suffisante et empêcher l’air de revenir dans la masse. Si on cherche à suivre le rythme de la fourragère au champ et que cela nous incite à fouler plus vite, on risque de ne pas obtenir le bon niveau de compaction. Vaut mieux alors utiliser des tracteurs plus lourds ou encore en plus grand nombre. Le graphique illustre la masse de compaction requise selon la puissance variable de l’ensileuse pour atteindre une densité de 260 kg de M.S. au mètre cube. 

     

     

     

    

    

   

    

   

    

    

Une règle simplifiée recommande d’avoir un minimum de 360 à 450 kg (800 à 1000 lb) de tracteur par tonne d’ensilage par heure. Idéalement, l’ensilage doit se fouler en couches minces d’au plus 15 cm (6 pouces). Un  ensilage haché trop long, trop sec ou trop mature rend la compaction difficile. Une bonne compaction favorise donc un milieu anaérobie, mais permet aussi d’augmenter significativement le volume (+ 10 à 40 %) de matière sèche à l’intérieur des mêmes structures d’entreposage (voir le tableau). 

Une fois la masse foulée, il faut maintenir une excellente étanchéité pour empêcher l’introduction d’oxygène. Il existe différents types de toiles, mais l’idée est de recouvrir la structure et de provoquer un effet cellophane, rendant ainsi la toile plus fixe, afin d’éviter l’effet « poumonage » à la surface de la masse d’ensilage. Les producteurs qui ont essayé les nouvelles toiles barrière d’oxygène au cours des deux dernières années ont pu constaté des différences importantes de qualité de conservation. Habituellement, comme la compaction est moindre sur le dessus, un inhibiteur de moisissures (Solution Foin) constitué d’acide propionique peut s’avérer une excellente pratique. Si on remet de l’air dans un ensilage fermenté, les moisissures et levures commencent à proliférer à moins d’une présence abondante d’acide propionique et/ou acétique. Le chauffage (combustion) ainsi provoqué peut faire disparaître une quantité appréciable de matière sèche, en plus de nuire potentiellement à la performance des animaux. Une conservation optimale des aliments peut rapporter gros ! Imaginez 150 tonnes de matière sèche supplémentaires utilisables pour un bunker d’une capacité de 1500 tonnes d’ensilage. Imaginez un agrandissement « par en dedans » de 15 % de la surface de vos structures d’entreposage. N’hésitez pas à en parler à votre expert-conseil.

      

Ferme Simmental 700

« La performance des animaux dépend de la qualité des aliments servis. Ça vaut la peine de bien faire le travail au moment de la mise en silo. Il y a quelques années, nous avons revu nos façons de faire principalement au niveau de la compaction. Maintenant, nous utilisons deux tracteurs pour compacter, comparativement à un seul auparavant. Nous avons amélioré non seulement la conservation de nos ensilages, mais nous entreposons beaucoup plus de matériel dans la même grandeur. Afin de ne pas avoir à travailler sur de trop grandes surfaces, des murs de division ont été ajoutés. À la reprise des aliments, le gaspillage est pratiquement nul. »

Clément Dubois, Ferme Simmental 700, Saint-Flavien. Inventaire : 1650 bouvillons.