Fourrages : vous avez dit rendements?

   

En production bovine, les fourrages représentent souvent « la planche la plus courte » qui empêche l’eau de monter dans le baril ! De façon plus concrète, la quantité de fourrages disponible est souvent le facteur qui limite le nombre de vaches et, du même coup, les revenus potentiels de l’entreprise. Le défi est de taille : par l’imposant volume de fourrages à récolter (4 à 5 tonnes de M.S. /vache et veau) et par le nombre limité de séquences de journées de beau temps consécutives pêrmettant d’aller chercher la récolte au champ. L’autre enjeu est évidemment celui du coût de production. 

Volume VS Temps

Deux façons d’augmenter le volume de fourrages s’offrent aux entreprises bovines : la première option est d’agrandir la superficie et la deuxième est de hausser le rendement. Pour la première option, la possibilité de superficie additionnelle n’est pas toujours possible. Dans l’éventualité où il y en aurait, le facteur temps reste le même. Avec ce scénario, il faut mettre plus de ressources en main-d’oeuvre et équipements pour aller chercher les tonnes supplémentaires au champ; les investissements sont souvent majeurs. Sinon, c’est la qualité récoltée qui s’en ressent… de même que le moral des troupes. Regardons maintenant la deuxième option, celle d’augmenter le rendement sur les superficies déjà disponibles; elle présente l’avantage de récolter plus de tonnes de fourrages dans la même période de temps, sans pour autant changer les besoins en main-d’oeuvre et en équipement.

Un exemple 

Pour un troupeau de 110 vaches, incluant la semi-finition, les besoins en fourrages sont d’environ 500 tonnes de matière sèche. Avec un rendement de 4 tonnes/ha (5 balles 4,5 X 4/acre), il faut récolter 125 ha. Il faudra donc 8,33 jours de récolte, si la vitesse de chantier est de 15 ha/jour. Imaginons maintenant un rendement de 5,8 tonnes/ha. La superficie nécessaire pour combler les besoins fourragers du même troupeau passe de 125 ha à 86 ha. Avec la même vitesse de chantier de
récolte, puisque cette dernière est très peu influencée par le rendement, le nombre de jours passe de 8,33 à 5,7 jours ! Ça semble peu, mais si on considère qu’il faut souvent 3 jours consécutifs de beau temps pour récolter réellement pendant 2 jours, l’économie réelle est plutôt de 4 jours. Dans les deux options, il y a bien sûr des coûts additionnels. Pour l’option 1, on parle de frais supplémentaires en main-d’oeuvre, en équipements et en achat ou location de terres, alors que dans l’option 2, on parle de coûts additionnels en intrants; engrais, chaux, pesticides et semences. D’un point de vue économique, quelle option est la plus intéressante ?

Décortiquer le coût de production

Au Québec, en 2012, le rendement moyen  fourrager était de 5,8 tonnes/ha de matière sèche avec un coût de production moyen de 214 $/tonne (Agritel, 2012). En fait, les plus performants avaient un coût de ± 150 $/tonne, alors qu’à l’autre bout, le coût atteignait 300 $/tonne. D’où proviennent de si grands écarts ? La réponse est multifactorielle : mode de récolte, équipements et machineries utilisés, efficacité du chantier de récolte, coûts de main-d’oeuvre, des intrants, etc. Toutefois, le facteur qui a le plus d’influence sur le coût de production unitaire est le rendement. « Pour diminuer le coût de production, il faut le diluer ! » 

    

     

                  

              

              

             

Le tableau 1 revèle que 86 % du coût de production est lié aux opérations,  amortissements en machinerie et autres frais; seulement 14 % sont dus aux intrants. Est-ce que les frais d’exploitation influencent les rendements ? Bien sûr que non. Par contre, les intrants ont une influence directe. À noter que dans l’étude d’Agritel, les entreprises qui obtiennent les meilleurs rendements sont celles qui ont les frais d’exploitation par hectare les plus faibles. Reprenons l’exemple cité précédemment et supposons qu’il s’agisse de deux voisins dont la taille des troupeaux est identique, donc avec les mêmes besoins en fourrages. Quels sont les impacts des différences de rendement ? Des chiffres publiés il y a 5 ans (tableau 2) nous permettent d’établir qu’il en coûte en moyenne environ 70 000 $ (avant intrants) à la Ferme A pour produire 500 tonnes de M.S. fourrages quand les rendements sont faibles, contre 41 000 $ à la Ferme B, quand ceux-ci sont dans la moyenne. En fait, la ferme B dispose de 334 $/ha supplémentaires pour continuer à investir annuellement dans le rendement. Même en réinvestissant 200 $/ha annuellement (17 000 $), il lui reste un profit de plus de 11 000 $ chaque année. Imaginez où en sera cette ferme par rapport à l’autre dans 5 ans ! On peut aussi mentionner que la ferme B dispose de 39 ha pour augmenter significativement la taille du troupeau (20 à 40 %), ou produire autre chose que des fourrages. Il est donc évident que l’augmentation de volume récolté par l’amélioration des rendements est préférable à l’option d’agrandir les superficies. Pour obtenir ceux-ci, que peut-on faire ? 

      

Actions à court terme

Dans les prairies en bonne condition, où le pH est à point, la présence de plantes fourragères performantes répondra particulièrement bien à la fertilisation. Ça vaut la peine de suivre des recommandations (NPK) établies pour obtenir de hauts rendements. Pour les prairies de graminées en moins bonne condition, où le pH est un peu plus bas et dans lesquelles on note une forte présence de mauvaises herbes, on pourrait procéder à une application de chaux, un désherbage chimique au départ de la végétation et une fertilisation azotée. Dans le cas de l’implantation de nouvelles prairies, le choix des espèces et des cultivars est très important. Prenons la luzerne Calypso et le trèfle Kvarta qui ont respectivement obtenu des indices de rendement de 106 et 111 aux essais du CRAAQ en 2012, ainsi que les fléoles Hokuo et AC Alliance (indices de regain de 112). En les utilisant, on peut s’attendre à des réductions du coût de production de 4 à 14 $/tonne, ou une économie de 2000 à 7000 $ annuellement pour 500 tonnes récoltées. À la limite, basée sur une rotation de 5 ans, cette économie permettrait de payer un  sac de semence de 25 kg entre 80 et 408 $ de plus que la semence à indice 100. Couper dans la qualité de la semence n’est jamais un choix stratégique. Vous êtes éleveurs, vous connaissez donc la valeur de la génétique; c’est aussi puissant, sinon davantage, en productionsvégétales. Ne vous privez pas de la qualité  des meilleurs cultivars !

À moyen et long terme

Pour améliorer les rendements fourragers, il faudra investir dans l’amélioration des sols : chaulage, drainage, nivelage, etc. Nous aurons le temps d’en reparler. D’ici là, bon printemps et n’hésitez pas à faire appel à votre expert-conseil La Coop.