Financer son projet d’élevage bovin

            

Jessica Guay Jolicoeur, stagiaire, La Coop fédérée

En cette année de prix élevés des grains, de fourrages et d’animaux, la Fédération des producteurs de bovins du Québec a choisi une thématique pleine de défi : « Relancer la production bovine. Moi j’embarque. » C’est un objectif rem­pli de bon sens, mais est-il facilement réalisable?

Un des premiers éléments à considérer est sans contredit le financement des nouveaux projets. En 2012, les institu­tions financières et gouvernementales sont-elles prêtes à s’investir dans les projets de démarrage ou d’agrandisse­ment des entreprises bovines?

Pour répondre à cette question, je suis allée rencontrer des conseillers de diffé­rentes institutions financières et d’une institution gouvernementale.

À l’unanimité

Plusieurs points communs existent entre les diverses institutions rencon­trées. En premier lieu, les conseillers consultés ont une grande ouverture face à des projets de démarrage et d’agran­dissement dans le secteur de la produc­tion bovine. En effet, tous étaient d’avis qu’un projet bien élaboré et structuré a droit à sa chance, et ce, dans n’importe quel domaine de production. Chaque projet est donc évalué selon les mêmes critères d’admissibilité et ces critères ne changent pas d’une production à l’autre.

En second lieu, bien connaître son projet et en maîtriser les différents aspects avant de se présenter devant son conseiller est un élément grande­ment considéré. En effet, aux yeux des conseillers, ce critère dicte le niveau d’implication et démontre le sérieux du candidat.

Cependant, même si le futur producteur ou celui voulant agrandir sa production démontre une énorme motivation et un grand niveau d’implication, le pro­jet présenté doit être viable et réaliste. Car, bien que les différentes institutions avouent être là pour prêter de l’argent, elles doivent aussi s’assurer que le projet ira loin.

Ensuite, tout projet demande un mini­mum d’investissement de la part de l’entrepreneur. C’est pour cette raison que les institutions exigent une mise de fonds. Pour certains, cette mise de fonds peut se faire sous forme d’actifs tandis que pour d’autres, elle doit être constituée, en partie, d’une somme d’argent. Cependant, une chose est cer­taine, aucune institution financière ou gouvernementale n’est prête à financer ou à garantir le financement d’un projet de démarrage ou d’expansion à 100 %.

En plus de la mise de fonds, le deman­deur doit posséder une certaine liqui­dité ou un fonds de roulement, pouvant venir d’une marge de crédit par exemple, pour assurer la survie de son entreprise jusqu’à ce qu’elle perçoive le revenu de la vente de ses veaux. Une condition par­ticulièrement vraie pour les entreprises bovines, puisque les revenus sont beau­coup moins réguliers que dans certaines autres productions. 

Prêter ou ne pas prêter?

Pour les entreprises en démarrage, les personnes rencontrées ont mentionné que le demandeur doit avoir un bon his­torique de crédit : hypothèque, hydro, cartes de crédit, etc., puisque ce sont les seuls éléments financiers pouvant être évalués par les institutions. Bien entendu, pour les entreprises voulant prendre de l’expansion, ce sont les états financiers de la ferme qui seront pris en considération.

De mauvaises habitudes de paiement constituent un élément très nuisible à l’acceptation d’un projet. Le demandeur doit démontrer à l’institution son côté responsable et sa capacité de rembour­sement.

Finalement, tous s’entendent pour dire que les deux principaux atouts pour un candidat voulant démarrer une entre­prise bovine sont la formation et l’expé­rience dans le milieu agricole.

Quelques nuances…

Même s’il y a peu de différences per­ceptibles entre les critères des institu­tions rencontrées, chacune d’elles a une manière distincte d’accueillir les projets et insiste parfois sur des éléments dif­férents.

Ainsi, pour M. Paul Julien de chez Desjardins, chaque projet est unique. Ses onze années d’expérience au sein d’un groupe-conseil agricole composé principalement d’entreprises bovines l’amènent parfois à proposer des al­ternatives ou de légers changements aux projets qui lui sont présentés. Ces variantes permettent de consolider certains éléments d’un projet afin de diminuer les risques et d’assurer la pérennité de la future entreprise. Il va même jusqu'à concevoir un plan B, en partenariat avec les promoteurs, permettant de limiter les dégâts si le projet ne se déroulait pas comme prévu.

Pour leur part, Mme Marie-France Leduc et M. Gaétan Plante, de la Banque Natio­nale, établissent des barèmes très clairs pour la liquidité et le fonds de roulement que le demandeur doit posséder pour le démarrage de son entreprise. Cette caractéristique permet au candidat d’avoir l’heure juste sur ce qu’il doit lui-même investir. Il n’y a donc jamais de mauvaises surprises et les deux parties peuvent facilement s’entendre.

En plus des deux institutions financiè­res, j’ai rencontré MM. Denis Bérubé et Guy Durivage de La Financière agricole du Québec, un organisme dont le but premier est de participer au dévelop­pement de l’agriculture, par l’entremi­se de garanties de prêts. La Financière agricole se démarque ainsi des autres institutions et insiste sur des critères particuliers. Ainsi, selon eux, le nerf de la guerre repose d’abord sur la capacité de remboursement du candidat ou du projet, mais aussi sur l’évaluation de l’équipe de direction. Ce sont deux cri­tères très importants et qui auront une grande influence sur l’acceptation d’un projet. De plus, cette institution exige le respect des normes d’éco-conditionna­lité pour qu’un projet soit accepté.

Temps partiel ou temps plein?

Lors du démarrage d’une entreprise bovine, les trois institutions rencon­trées s’entendent pour dire qu’il est beaucoup plus facile de le faire à temps partiel. En effet, l’élevage vache-veau à temps partiel est caractéristique de ce type de production. Un grand nombre de veaux produits en Amérique du Nord le sont de cette façon. Pourquoi? Simple­ment parce que, bien que la production vaches-veaux soit probablement la pro­duction animale la plus facile à démar­rer (investissement initial relativement faible), elle est aussi caractérisée par de grandes variations de liquidités pas toujours évidentes à gérer et un cycle de production très long. Il s’agit donc la plu­part du temps d’un excellent placement, mais en vivre au quotidien est complexe au départ.

Pour cette raison, les conseillers rencon­trés ont tous souligné que le démarrage à temps partiel avec un emploi externe rémunéré est un atout pour être accepté au crédit. Cette condition permet de diminuer la pression sur la marge de crédit et de subvenir aux besoins du producteur (coût de vie) avant les pre­mières ventes de veaux.

On peut finalement répondre positive­ment à notre question du début et affir­mer qu’il est bel et bien envisageable d’obtenir du financement en production bovine auprès des institutions. Cepen­dant, il est primordial de s’assurer que le projet soit viable et réaliste. Un plan d’affaires bien structuré est une bonne façon d’y parvenir. De plus, un mini­mum de formation et d’expérience dans le milieu agricole sera un atout majeur. Ces critères sont donc tous très impor­tants, sans oublier la motivation et la passion pour la production.

Alors, laissons tomber nos paradigmes : comme n’importe quelle production, le boeuf, ça peut être rentable!

Référence : Focus Opti Boeuf, automne 2012, page 8.