Engraissement : retour vers le futur

   

Plusieurs d’entre vous se rappellent probablement ce film des années 1980, dans lequel Marty McFly (Michael J. Fox) se retrouvait coincé dans le passé. Il devait réussir à remplacer la source d’énergie de sa voiture pour revenir dans le présent. Curieusement, les parcs d’engraissement vivent un peu la même situation depuis le début de l’automne 2013. La faible disponibilité et le coût relatif de plusieurs coproduits (by-products) ont en quelque sorte forcé les producteurs à revenir à des rations semblables à celles de la fin des années 1990. Avec en prime certaines réalités, parfois oubliées au fil des années. 

Coproduits de maïs : caractéristiques et avantages

L’augmentation fulgurante de la demande d’éthanol, jumelée aux transformations traditionnelles du maïs (sirop de maïs, whisky, bière) a bien entendu fortement soutenu le prix de ce grain au cours des 15 dernières années, mais a aussi laissé sur le marché beaucoup de coproduits, dont le coût était inférieur au prix du maïs. Des sommes d’argent importantes ont été investies dans des projets dont les objectifs étaient de vérifier les effets de leur incorporation dans les rations de bouvillons. Dans la majorité des cas, sans surprise, les chercheurs ont observé des améliorations notables de performances. Dans un premier temps, les caractéristiques intrinsèques de ces coproduits ont permis de hausser les apports quotidiens et énergie, sans augmentation de cas d’acidose ou de ballonnements. Avec le gain journalier (GMQ) supérieur ainsi obtenu dans la plupart des cas, les opérateurs de parcs ont pu diminuer les frais de garde ou encore livrer des carcasses plus lourdes pour une même durée d’élevage. Le tableau présente un excellent exemple du genre de résultats obtenus lors de nombreux essais. Les chercheurs de l’Université du Nebraska ont comparé une ration dont l’apport en énergie ne provenait que de maïs sec cassé et de maïs humide à des rations contenant  soit du gros gluten de maïs, de la drêche de maïs ou un mélange des deux. Ils ont observé des augmentations significatives de consommation (5 à 10 %), de GMQ (10 à 15 %) et de l’efficacité alimentaire (5 à 9 %) avec les coproduits. Plus précisément, l’amélioration relative du gain a été plus élevée que la différence de l’apport d’énergie. Comment expliquer le phénomène ? 

      

Le rumen, encore le rumen…

Lorsqu’on formule une ration pour des ruminants, les notions de protéine brute et d’énergie deviennent rapidement désuètes; il faut plutôt penser au rumen et à son bon fonctionnement. L’animal y entre une foule d’ingrédients qui vont fermenter en absence d’oxygène pour produire ultimement quatre grands types de produits :

1. Des acides gras volatils qui deviennent la principale source d’énergie du ruminant et qui sont synonymes de GMQ; 

2. Un « pâté » de bactéries qui, une fois digéré par la caillette et les intestins, fournira entre 60 et 70 % des besoins en protéine de l’animal, en plus des vitamines, oligo-éléments et une partie non négligeable des lipides; 

3. Du gaz carbonique; 

4. Du méthane et de l’urée qui représentent tous deux des pertes nettes. 

Pour que le rendement du rumen soit maximal, on doit considérer une foule de paramètres dans le but d’assurer un bon synchronisme entre la protéine dégradable et les hydrates de carbone fermentes cibles (ce qu’on appelle le ratio RAPMC/RACMC) tout en maintenant un pH ruminal adéquat et en limitant les pertes de méthane et d’urée. Des exemples de paramètres pour chacun des ingrédients ? Grosseur de particules, protéine soluble, le contenu en matière sèche, en amidon et en lipides, ainsi que profil de fermentation. En réalité, on ne peut demander aux bactéries de s’adapter aux rations; il faut leur fournir toutes les conditions gagnantes. Tout un défi ! Comme le GMQ constitue l’un des leviers les plus puissants en engraissement et que celui-ci est directement corrélé à la quantité d’énergie disponible, la tentation est souvent forte d’en augmenter la densité dans la ration. Malheureusement, si l’équilibre est rompu, même légèrement, l’effet est inverse : les animaux ne meurent pas, mais progressent plus lentement, victimes de l’acidose sousclinique. Rien de toujours bien évident, mais dont les effets sont bien réels au fil d’arrivée. C’est justement là que les caractéristiques des coproduits de maïs permettent de se rapprocher des conditions idéales de fermentation, d’où les augmentations de consommation et d’efficacité alimentaire observées dans l’expérience de Loza. Si on ajoute à ce fait un coût de ration inférieur, l’affaire est « Ketchup » : l’utilisation des coproduits est incontournable. 

CRF et La Coop

Sauf que les conditions ont soudainement changé. Les coproduits sont plus rares et plus chers. À un tel point qu’une formulation à moindre coût strictement basée sur la valeur énergétique des aliments n’en utilise pratiquement pas et compense par du maïs, comme c’était le cas en 1995. Soyons clairs. Les impacts sont moins importants que pour Marty dans le fameux film; les animaux ne disparaissent pas des écrans ! Mais le futur sera affecté: l’acidose sous-clinique (ou chronique) en résultant risquera de limiter le gain. À moins que… Comme discuté précédemment, ce ne sont pas les ingrédients qui sont importants, mais bien davantage les caractéristiques de l’ensemble de ce qui entre dans le rumen. C’est l’approche que La Coop a adoptée il y a plus de 40 ans pour tout ce qui touche l’alimentation des ruminants. Ainsi, grâce aux brevets obtenus par CRF (Cooperative Research Farms) à ce sujet dans les années 1970 et 1980, nous avons pu bien identifier et comprendre les paramètres ruminaux modifiés par l’ajout de coproduits du maïs. De cette manière, nous oouvons maintenant calculer des rations tout aussi performantes (sur base zootechnique et économique), mais avec des taux d’incorporation beaucoup plus faibles de coproduits. Un peu comme Doc Brown qui avait réussi à retourner Marty dans  le présent en utilisant une tout autre méthode pour recharger la batterie de la voiture, les experts-conseils La Coop sont là pour trouver des solutions aux situations qui se présentent chez vous. Ils peuvent vous aider à maintenir vos objectifs de production, voire vous aider à les améliorer. N’hésitez pas à les consulter.