Crypto quoi ?

   

Le terme cryptosporidiose est probablement un mot inconnu pour la majorité des éleveurs, à moins d’avoir eu recours au service d’un labo­ratoire pour diagnostiquer un problème de diarrhée chez de jeunes veaux. La cryptosporidiose est une maladie connue depuis les années 1970. L’agent responsable de cette condition se nomme Cryptosporidium parvum et est associé au complexe de diarrhée des nouveau-nés ou néonatale.

Si on considère les agents infectieux associés à la diarrhée néonatale chez les veaux de moins d’un mois, Cryptosporidium parvum doit être inclus parmi la liste des causes. Parmi les plus communs dans cette liste, on retrouve deux virus (coronavirus et rotavirus), deux bactéries (E.coli et Salmonella sp.) et deux protozoaires (les coccidies et Cryptosporidium parvum.) Il peut arriver que l’on retrouve plus d’un agent infectieux dans une situation de diarrhée néonatale (graphique 1). On peut également retrouver des animaux porteurs sains de « crypto ».

   

   

   

   

   

   

   

   

   

L’infection se produit lorsqu’un nouveau-né absorbe des cryptosporidies en quantité importante par la gueule. Dans l’environnement, les cryptosporidies sont présentes sous forme d’oeufs appelés oocystes. Sous cette forme, les cryptosporidies sont très résistantes aux conditions adverses, donc résistantes aux méthodes standards de désinfection. Lorsque les oocystes sont ingérés par le veau, ils sont libérés dans les intestins et envahissent les cellules intestinales, endommageant celles-ci dans leurs fonctions de digestion et d’absorption. Le parasite se reproduit alors à l’intérieur des intestins en produisant de nouveaux oocystes qui peuvent réinfecter d’autres cellules intestinales ou être excrétés dans les fèces. Ces oocystes produits sont immédiatement infectieux pour les autres animaux dans l’environnement.

Entre l’ingestion et l’excrétion de nouveaux oocystes, un délai de moins d’une semaine peut s’écouler. Ainsi un veau ayant absorbé une centaine d’oocystes pourra en rejeter quelques millions pendant son épisode de diarrhée. L’image classique d’un épisode de « crypto » est une diarrhée profuse et liquide qui survient entre 5 et 15 jours d’âge. La diarrhée persiste pendant plusieurs jours. Elle cause de la déshydratation, de l’abattement et une baisse d’appétit. S’il n’y a pas de complication et si la condition n’est pas trop sévère, elle peut se résorber d’elle-même. Lors de cas plus sévères ou combiné à des conditions environnementales adverses, tel le froid, elle peut être fatale. On peut retrouver la cryptosporidiose également chez les jeunes agneaux et les chevreaux.

La cryptosporidiose est une zoonose, elle peut donc également affecter les humains, particulièrement les jeunes enfants et les personnes atteintes d’immunodéficiences.

Le diagnostic se fait sur les fèces, soit au microscope avec un colorant particulier ou avec des réactifs réagissant à la présence des oocystes.

Traitement

Il n’existe aucun produit reconnu au Canada pour le traitement de la cryptosporidiose chez les bovins. Cependant, il existe un produit, l’halufoginone (Halocur™), qui permet de diminuer la production d’oocystes chez les veaux atteints. L’utilisation de ce produit dimi­nue la sévérité de la condition chez les veaux atteints. Le produit doit être donné dès la naissance pendant une période de 7 jours (voir les graphiques 2 et 3).

Il s’agit d’un médicament pour prévenir et contrô­ler la cryptosporidiose et non pour la traiter. Les veaux atteints doivent recevoir un traitement de support pour la diarrhée avec des électrolytes et des fluides par la bouche ou par voie intraveineuse pour les cas les plus sévères.

Prévention et contrôle

Comme il n’existe aucun traitement et que cette condition est très contagieuse, la prévention est la clé pour éviter cette condition. Il s’agit d’appliquer les mesures d’hygiène de base et d’isoler les veaux malades. Lorsque la condition apparait, le changement d’emplacement où les veaux naissent et demeurent permettra de gérer plus efficacement la condition, en coupant le cycle de propagation. Le lavage et une période de vide du site contaminé seront aussi bénéfiques. De plus, s’il est possible de gérer les sites de vêlage avec un principe « tout-plein/ tout-vide », cette procédure assurera un contrôle optimal pour la gestion des diarrhées néonatales.

La cryptosporidiose chez les jeunes veaux est une condition très conta­gieuse. La meilleure stratégie est, comme toujours, la prévention. Il faut la prendre au sérieux et être conscient de son risque chez les humains.