Charbon symptomatique: Un tueur si proche

Malheur !

Lors d’une tournée au pacage, à votre grand désarroi, vous trouvez un de vos plus beaux veaux couché sur le côté, raide mort. Pourtant, lors de votre tournée de la veille, vous n’aviez rien noté d’anormal. Inutile de dire que ça fait mal au coeur… et au portefeuille ! En l’examinant de plus près, vous trouvez sa cuisse fortement enflée et, en la palpant, vous sentez des crépitements, comme si de l’air était emprisonné sous la peau et dans les muscles. 

Votre veau est probablement mort d’une nécrose musculaire aiguë, communément appelée « charbon » symptomatique. Souvent associée à la bactérie Clostridiumchauvoei, cette maladie se caractérise par de la raideur et de l’enflure musculaire, de l’abattement et de la fièvre. La mort s’en suit rapidement, parfois à l’intérieur de 12 à 36 heures.

Et c’est arrivé comment ?

Les bactéries du genre Clostridium sont omniprésentes. On les retrouve dans l’environnement, mais aussi dans le tractus intestinal et le fumier des ruminants.
Elles produisent des spores qui assurent leur survie pendant plusieurs années dans le sol, sans s’y multiplier. L’infection d’un animal peut résulter de la déposition de spores dans le muscle à la suite d’une plaie pénétrante. Le tissu dévitalisé crée un milieu favorable à leur transformation vers une forme végétative qui produit des toxines responsables de la nécrose locale et du dépérissement de l’animal. Pensez au tétanos chez
l’humain. Le tétanos est causé par Clostridium tetani.

Une nécrose musculaire aiguë à clostridium peut toutefois se produire sans qu’il y ait de trauma externe. Des spores alors présentes dans l’intestin gagneraient la circulation sanguine et iraient se loger dans les muscles. Si par la suite, un dommage musculaire est provoqué par un choc, un transport ou un stress, ces spores latentes passeraient à la forme végétative, leur permettant de produire leurs toxines dévastatrices.

Qui est susceptible ?

Le charbon symptomatique peut affecter les ruminants apparemment sains. Les jeunes de moins de 24 mois sont les plus susceptibles, mais la maladie peut être observée chez des animaux de tous les âges.

Est-ce que ça se prévient ?

L’apparition de charbon symptomatique à la suite d’une exposition naturelle à Cl. Chauvoei se préviendrait à 100 % (ou presque) grâce à la vaccination. Il existe des vaccins multivalents, qui contiennent plusieurs espèces de clostridium, offerts à très bas coût. Il s’agit d’une mesure de prévention efficace et abordable. Pourquoi s’en priver ? C’est d’ailleurs une pratique largement adoptée chez les producteurs de boeuf de l’Ouest canadien : 85 % des
répondants d’un récent sondage affirment vacciner leurs veaux pour prévenir les maladies à clostridium avant la mise au pâturage.

N’hésitez pas à consulter votre vétérinaire pour établir un protocole de vaccination adapté à votre cycle de production et à vos installations. Gardez en tête que la vaccination prévient la mort. La prévention d’une seule perte animale vaudra tous vos efforts !

Par Virginie Filteau, DMV, DES, M. Sc., vétérinaire aux services techniques, division bovine, équine et génomique, Zoetis