Bien comprendre pour bien conserver les fourrages

Nous sommes tous à la merci de la météo lorsque vient le temps de récolter les fourrages et la qualité de la conservation et la valeur nutritive du
produit final en dépendent ! De plus, la qualité des aliments servis aux animaux influence leurs performances techniques.

Fermenter ou ne pas fermenter ?

La qualité de conservation des fourrages est liée à l’absence de croissance de moisissures et de levures pendant l’entreposage. Pour y parvenir, il existe deux méthodes de conservation :

  • Fourrage sec = Méthode de conservation en milieu aérobie

Sous 15 % d’humidité, le développement des moisissures est nul. Malheureusement, on presse souvent entre 20 et 24 % d’humidité puisque les conditions
de séchage au champ ne sont pas optimales. Pour cette raison, il faut sécher à l’air forcé ou appliquer un inhibiteur de moisissures, comme l’acide propionique
(Solution FoinTM) qui empêche les moisissures et les levures de se développer. Ce produit permet de gagner du temps, en début et en fin de journée, lorsque l’humidité est plus élevée ou encore lors du pressage d’un andain un peu trop « vert ». On peut l’utiliser au besoin seulement… pourvu qu’il y ait un réservoir plein sur la presse !

  • Ensilage = Méthode de conservation en milieu anaérobie et acide

Les moisissures ne se développent pas en milieu acide et en absence complète d’oxygène. Pour obtenir un ensilage stable et de qualité, il faut respecter les quatre facteurs de base qui permettront l’atteinte du pH de stabilité et qui assurent que celui-ci ne remontera pas pendant l’entreposage.

1.Humidité de récolte adéquate (tableau 1), puisqu’il faudra beaucoup plus d’acides pour abaisser le pH d’un ensilage très humide, alors que dans un ensilage trop sec c’est la présence d’air qui rend la conservation difficile.

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                        2. Niveau suffisant de sucres dans laplante lors de la fauche. Les sucres disponibles pour la fermentation sont ceux qui demeurent une fois que la respiration des cellules de la plante récoltée arrête par manque d’oxygène. Plus il y en a au départ, plus il y a de chances de réussir.

3. État anaérobie atteint très rapidement. L’élimination de l’oxygène se fait principalement par la respiration des plantes ensilées. Pour conserver les sucres, il faut donc tasser (presser serré ou fouler dans les silos-couloirs) et sceller le plus rapidement possible.

4. Prédominance de bactéries lactiques efficaces. Ce sont les bactéries qui produisent des acides plus forts pour la même quantité de sucres utilisés, ainsi le pH descend plus bas et plus vite. Malheureusement, ces bactéries naturelles ne sont « heureuses » qu’à un pH déjà acide, soit lorsque la fermentation a déjà bien débuté.

Les inoculants bactériens

L’avantage principal d’utiliser des inoculants contenant des bactéries lactiques est d’accélérer la fermentation par l’incorporation, dès le début, d’une grande quantité de bactéries spécifiques et désirables. Alors que, dans un autre ordre d’idées, les moisissures, les levures et les bactéries aérobies ne produisent pas d’acides, mais utilisent les sucres.

1. Acide Lactique 

C’est l’acide organique qui a le plus grand pouvoir acidifiant. Si la fermentation est homolactique, la totalité des sucres est transformée en acide lactique. Il permet une diminution rapide du pH, assurant une stabilisation rapide, donc une bonne conservation des ensilages. L’obtention de ce type d’acide est donc à favoriser et devrait représenter un minimum de 70 % des acides totaux contenus dans les ensilages fermentés et stables. Les inoculants contenant des bactéries lactiques sont le CoopSile II et l’Enersile 5. Ces produits sont excellents pour desballes rondes enrobées individuellementou pour les ensilages d’herbe hachés, mais un peu moins adaptés pour l’ensilage de maïs, surtout en silos-couloirs.

2. Acide acétique

Cet acide organique est moins acidifiant que l’acide lactique. Par contre, il est très efficace pour contrôler les moisissures et les levures (effet antiseptique). Il résulte d’une fermentation hétérolactique; qui engendre la formation d’acide lactique et d’acide acétique. Il y a également production d’éthanol lors de la formation de l’acide acétique. L’éthanol, quant à lui, ne contribue pas à la réduction du pH et limite la consommation volontaire de l’animal. La présence d’une grande quantité d’acide acétique est signe d’une moins bonne fermentation ou l’indicateur de l’utilisation d’un inoculant de type Buchneri (Enersile B). Ce type de bactérie ne devrait être utilisé que lorsque l’ensilage a tendance à chauffer lors de la reprise.

3. Acide butyrique

Ce type d’acide est le résultat d’une mauvaise fermentation. Il est totalement indésirable et il diminue la consommation de l’ensilage. L’idéal serait qu’il soit complètement absent des ensilages. Ce type de fermentation se produit principalement lorsque les ensilages sont contaminés par de la terre (qui contient toujours beaucoup de bactéries butyriques) ou très humides. Puisque ces ensilages contiennent beaucoup d’eau, le pH diminue plus lentement et produit une mauvaise fermentation.

En bref...

  • Le fourrage sec doit être… sec ! : « Solution FoinTM » permet d’augmenter la plage de récolte en foin sec, et ainsi d’éviter les surprises dans les balles qui étaient supposées être assez sèches au moment du pressage.
  • Pour les ensilages, les conditions anaérobies sont importantes : enrober les balles très rapidement, presser très serré et vérifier l’étirement du film plastique.
  • Les bactéries butyriques sont indésirables : attention au râtelage et à la mise en andain pour éviter la présence de terre.
  • L’importance des sucres. Dans les balles rondes, il y a peu de sucres accessibles aux bactéries; les fermentations lactiques sont plus difficiles à obtenir. On peut cependant rapidement atteindre une population élevée de bactéries d’acide lactique si on ajoute un inoculant bactérien ! Si le fourrage est plus mature, c’est encore plus vrai. On devrait d’ailleurs retrouver un applicateur sur toutes les presses, d’autant plus que cet applicateur sert tout autant pour le Solution Foin que pour les inoculants.

Consultez votre expert-conseil pour plusde détails.