Achat d’un taureau : dépense ou investissement ?

   

Prochainement, plusieurs ventes de taureaux auront lieu et vous donneront l’occasion d’acquérir un nouveau reproducteur. Quels seront vos critères de sélection ?

Génétique

La première question que je me pose est : « Quels sont mes besoins ? » Le tableau 1 indique le nombre de vaches qu’un tau­reau de fertilité moyenne au pâturage peut raisonnablement féconder pendant une saison de reproduction de 60 jours. La capacité de reproduction d’un tau­reau augmente avec sa maturité. Lorsque plus d’un taureau est utilisé dans un groupe de vaches, les rapports sociaux influencent les performances de reproduction. Les taureaux dominants ont tendance à effectuer le plus grand nombre de saillies.

Deuxième question : « Que vais-je faire de la descendance ? » Dans la majorité des troupeaux commerciaux, seule­ment 10 % des génisses sont gardées comme femelles de remplacement. Et souvent, on a déjà une bonne idée des « meilleures » vaches à partir desquelles on peut les élever. Elles représentent environ 25 % du troupeau. Les carac­tères recherchés pour les femelles de remplacement sont : qualités mater­nelles, facilité de vêlage, bons pieds et membres et intervalle de vêlage court.

En matière de rapidité d’améliora­tion génétique du troupeau, l’idéal est d’utiliser sur ce groupe de vaches les techniques combinées de synchroni­sation des chaleurs et d’insémination artificielle. Ainsi, on pourra faire un choix génétique pour chacune des vaches en fonction des caractères individuels à corriger : facilité de vêlage, lait, poids au sevrage, poids à un an, etc.

Pour les autres vaches (75 %), on veut qu’elles donnent des veaux vigoureux qui auront un bon gain moyen quotidien (GMQ), du muscle, et un style attrayant (ça peut aller jusqu’à la couleur) pour le futur acheteur des veaux produits qui sera, dans la majorité des cas, un parc d’engraissement.

Les critères recherchés pour la qualité de la viande font aussi partie de l’équation : rendement, épaisseur de gras dorsal et capacité à persiller. Le choix du taureau terminal doit tenir compte de l’ensemble de ces critères et nécessite donc l’utilisa­tion de certains outils.

Afin d’estimer la valeur génétique qu’un taureau transmettra à sa descendance pour des caractères de production ciblés, des données sont disponibles via les ABC (Across Breed Comparison), c’est-à-dire des comparaisons inter-races avec des sujets croisés et de races différentes, et via les ÉPD (Écart Prévu chez les Descen­dants) qui permettent uniquement des comparaisons au sein d’une même race. Ces deux mesures prennent en consi­dération les performances de l’animal, de ses ancêtres, de ses descendants et de ses collatéraux (demi-frères, demi-soeurs, etc.). Il ne faut pas comparer des valeurs ABC avec des valeurs ÉPD.

Phénotype

Peu importe les critères retenus, le tau­reau sélectionné doit avoir des qualités phénotypiques indispensables (ce qu’on voit à l’oeil) : bons pieds et membres, bonne croupe, être docile et avoir une circonférence scrotale correspondant aux standards minimaux de la race. La circonférence scrotale sert à évaluer la capacité actuelle et future du taureau à produire des spermatozoïdes. Les tau­reaux qui présentent un développement scrotal adéquat en fonction de leur âge ont plus de chances de devenir de bons reproducteurs.

Idéalement, avant de choisir un taureau, il faudrait consulter sa fiche généalo­gique et voir sa mère et son père.

Quel est mon budget ?

Comme gestionnaire, chaque investisse­ment, incluant l’achat des taureaux, doit être justifié. Par exemple, vous hésitez entre trois options :

A Achat d’un taureau à 3000 $ (indice gain de 100). Objectif : taux de vêlage acceptable (93 %) et GMQ standard;

B Achat d’un taureau de génétique supérieure à 6000 $ (indice gain de 110). Objectif : taux de vêlage accep­table (93 %) et GMQ élevé;

C Achat de 2 taureaux à 3000 $ (indice gain de 100) pour un même groupe de vaches. Objectif : taux de vêlage élevé (98 %) et GMQ standard.

Les tableaux 2 et 3 présentent les trois scénarios et permettent de trouver quelles améliorations de performance sont nécessaires pour justifier les scéna­rios B et C comparativement au scénario A. Le poste « prévision pour mortalité subite » représente une probabilité de perte totale du taureau par accident ou autre. Tous les veaux sont vendus à 750 livres. Pour faciliter le calcul, je n’ai pas tenu compte du financement.

   

   

   

   

   

    

Pour justifier le scénario B, il faut obtenir un gain supplémentaire de seulement 15 lb par veau vendu pour une même période d’élevage, ce qui constitue un objectif atteignable avec ce type de génétique; il s’agit d’un bon investisse­ment, même à ce prix. Par contre, pour le scénario C, malgré un plus grand nombre de veaux produits, rien ne permet de prétendre que chacun des veaux obtien­drait un meilleur gain. Cette stratégie est donc à oublier.

Une possibilité pour maximiser l’utili­sation des taureaux à la ferme est de regrouper les saillies en 2 ou 3 périodes de 50 jours, avec un retrait des mâles de 45 jours entre les périodes.

Protéger son investissement

Un taureau à l’entretien et gardé seul a besoin du même type de fourrages que des vaches taries. Au point de vue de l’ali­mentation minérale, on recommande de lui servir entre 130 et 180 g par jour de Minéral OptiBoeuf TransiBoeuf pendant tout l’hivernement.

Petit truc de gestion hivernale. Les tau­reaux ont 6 points sensibles au gel : 4 sabots et 2 testicules. Les engelures sur ces parties de l’anatomie peuvent avoir des conséquences désastreuses lors de la prochaine période de saillie. Il ne faut jamais lésiner sur l’épaisseur de paille dans les enclos d’hivernement des taureaux.

En conclusion, il n’y a pas de solution parfaite dans la sélection d’un sujet reproducteur, mais on doit faire un choix. Accordez de l’importance à vos taureaux. Comme ils influencent 100 % de votre production de veaux, ils sont le coeur de votre entreprise. Parlez-en à votre expert-conseil La Coop.